Les conséquences du manque de sommeil, chez les enfants et les adolescents en particulier, ne sont pas minimes, comme nous le rappelle une médecin spécialiste du sommeil. ...
Depuis un certain temps, c'est l'un des grands maux de nos sociétés, et il ne fait que s'aggraver : la dette de sommeil mine bon nombre d'entre nous. Pour de multiples raisons et à tout âge, même si certains sont davantage concernés et impactés que d'autres.
Ainsi, au cours des cinq dernières décennies, le temps de sommeil des Français – et par extrapolation des Belges – a-t-il diminué d'environ une heure et demie, ce qui n'est pas rien, soit à présent une durée moyenne de 6 h 50 par nuit, selon une enquête OpinionWay réalisée en décembre 2025 pour l'Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), publiée cette semaine et relayée par Le Monde. Par rapport à 2024, on aurait perdu 14 minutes de sommeil, ni plus ni moins. Et en semaine, un quart des Français interrogés dorment moins de 6 heures par nuit. "Plus de 30 % des enfants et jusqu'à 70 % des adolescents ne dorment pas suffisamment", selon la feuille de route interministérielle française de juin 2025.
Les recommandations
On est donc bien loin des recommandations selon lesquelles, pour un adulte, 7 à 9 heures de sommeil sont nécessaires, alors que pour les adolescents, l'idéal se situe entre 8 et 10 heures ; pour les enfants en âge scolaire, entre 9 et 12 heures et, pour les nourrissons, de 12 à 16 heures (siestes incluses). Certes, les fourchettes sont larges et il n'est pas question d'édicter une durée universelle, les besoins restant individuels et l'essentiel étant, avant tout, de se réveiller reposé.
"Lors d'un dîner, quand je dors sur ma chaise, mes amis se disent que c'est normal"Il n'empêche que "les besoins de sommeil de l'enfant et de l'adolescent sont en général plus importants que chez l'adulte", nous dit le Dr Sonia Scaillet, médecin spécialiste du sommeil, responsable jusqu'à fin décembre 2025 de l'Unité du sommeil à L'Huderf (Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola, qui fait maintenant partie du HUB, Hôpital Universitaire de Bruxelles) et à présent secrétaire de l'Association belge de recherche et de médecine du sommeil (BASS). "Une bonne hygiène de sommeil implique des heures de lever et de coucher régulières et l'absence d'écran dans la chambre à coucher au moment de l'endormissement, détaille-t-elle. Ces mesures sont d'autant plus faciles à appliquer si on reconnaît le rôle protecteur du sommeil pour la santé mentale et physique."
L'insomnie, le principal trouble
Que ce soit pour les plus jeunes ou pour les plus âgés, les conséquences du manque de sommeil, souvent sous-estimées, ne sont en effet pas minimes.
Qu'il s'agisse de la quantité ou de la qualité, la 26e journée mondiale du sommeil, célébrée ce vendredi 13 mars, est l'occasion de sensibiliser une fois encore à l'importance des "bonnes nuits" sur notre santé physique et mentale. Et en l'occurrence aux conséquences de ces troubles, dont le principal reste l'insomnie pour plus d'une personne sur cinq. D'après une enquête récente menée par iVox, à la demande de Multipharma, près de 60 % des Belges ont souffert de problèmes de sommeil au cours de l'année écoulée. Et plus d'un Belge sur trois qui dort mal indique avoir pris des médicaments (le plus souvent prescrits) à cet effet.
Quels substituts non pharmacologiques aux benzodiazépines ?Dans le cadre de cette journée, la BASS souhaite plus particulièrement attirer l'attention sur le sommeil de l'enfant et de l'adolescent. "Un sommeil de qualité est un des piliers de la santé, au même titre qu'une alimentation saine et que l'exercice physique : c'est d'autant plus vrai chez les enfants", insiste la BASS, soulignant que, jusqu'à l'âge de 5 ans, ces derniers passent plus de temps à dormir qu'à être éveillés.
Mot d'ordre : la régularité
Si un "bon" sommeil, tant en quantité qu'en qualité, est important, c'est qu'il s'avère essentiel pour favoriser l'apprentissage et la mémoire. C'est également vrai pour les adultes, mais "l'apprentissage chez les enfants est un processus permanent, relève la BASS. Il est donc indispensable que l'enfant puisse dormir assez, et dans de bonnes conditions. Pour ce faire, il faut lui offrir un rythme de veille/sommeil régulier".
Mais encore ? "Chez le tout-petit, l'heure du dodo doit être toujours la même, et s'accompagner, si possible, d'un rituel d'endormissement. Une histoire, une chanson ou une musique douce favorisent un endormissement paisible, et servent de 'donneur de temps' : l'enfant associe ce rituel au coucher et à l'endormissement."
Comment se sevrer des somnifères et des calmants ? Les pharmaciens viennent en aide aux patientsHistoire de favoriser le sommeil, la régularité dans l'heure du coucher sera toujours de mise dans les années qui suivent. "L'écolier aura tout autant besoin de régularité dans les heures de coucher et de lever, confirme le Dr Sonia Scaillet. Selon l'âge de l'écolier, l'endormissement peut être favorisé par un rituel de lecture avant l'extinction des lumières."
Des conséquences néfastes
Au réveil, l'enfant doit se sentir en pleine forme. S'il se plaint de fatigue au lever, "c'est qu'il y a un problème à débusquer. Même s'il n'y a pas de causes externes d'anxiété, un enfant qui ne dort pas assez sera anxieux et apathique pendant la journée", poursuit notre interlocutrice.
Plus tard, chez les adolescents, "ce mal-être peut conduire à des comportements agressifs ou destructeurs, avec une attirance vers des habitudes malsaines comme un abus de drogues stimulantes". Autre effet indirect mais reconnu d'un manque de sommeil, l'obésité, liée à la sédentarité et au temps passé devant les écrans (télévision, tablette, smartphone, PC), qui favorisent une mauvaise hygiène du sommeil.
"Les développeurs ont mis en place des outils pour nous rendre dépendants aux réseaux sociaux". À partir de quand est-on addict ? Comment y remédier ?Pour le Dr Sonia Scaillet, les principales conséquences néfastes observées chez les jeunes en dette de sommeil sont "l'anxiété, la dépression, l'attraction vers des aliments 'réconfortants' souvent trop riches en graisses et en sucre et un comportement difficile".
Une horloge circadienne bien perturbée
Comme le faisait, à juste titre, remarquer Claude Gronfier, directeur de recherche Inserm au Centre de recherche en neurosciences de Lyon, à nos confrères du Monde, il faut reconnaître qu'au-delà du contexte géopolitique ou climatique très anxiogène, "notre société est chronobiologiquement toxique. Tout est là pour que l'on dorme le moins longtemps possible", ce qui entraîne des perturbations très délétères de notre horloge circadienne, censée jouer un rôle clé dans l'endormissement.
Généraliser le début des cours à 9h pour privilégier le rythme physiologique des jeunes en dette de sommeil: bonne ou mauvaise idée?Ainsi, alors que la lumière naturelle demeure l'un des plus puissants mécanismes de synchronisation de cette horloge, nous passons de moins en moins de temps à l'extérieur alors qu'a contrario, nous sommes de plus en plus longtemps exposés à la lumière artificielle, notamment la lumière bleue des écrans, dont les effets délétères sur l'endormissement ne sont plus à démontrer. CQFD.
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