Après avoir cofondé OnePlus, Carl Pei récidive avec Nothing et dévoile au JDN sa vision d'un système d'exploitation personnalisé, dans lequel l'IA peut anticiper les besoins des utilisateurs.
Après avoir cofondé OnePlus, Carl Pei récidive avec Nothing et dévoile au JDN sa vision d'un système d'exploitation personnalisé, dans lequel l'IA peut anticiper les besoins des utilisateurs.
JDN. Vous avez cofondé OnePlus en 2013, avant de créer Nothing en 2020. Pourquoi cette passion pour les smartphones et comment Nothing se différencie dans un marché très concentré ?
Carl Pei. J'ai commencé ma carrière comme stagiaire chez Nokia, avant de cofonder OnePlus. Lorsque nous avons lancé Nothing, le marché des smartphones était déjà mature. Mais avec 1,2 milliard de smartphones vendus chaque année dans le monde, l'opportunité était là. Le problème est que la plupart des smartphones se ressemblent, notamment dans l'écosystème Android. Sans regarder le logo, il est difficile de distinguer les marques. Beaucoup ne font que copier Apple, notamment au niveau de l'interface. Dans cet environnement mature, nous avons choisi de nous différencier à la fois sur le design de nos appareils, notamment avec notre esthétique transparente et l'interface Glyph, mais aussi sur le software. Nothing vise une cible jeune et créative.
De quelle manière comptez-vous innover sur le système d’exploitation ?
L’expérience utilisateur actuelle des smartphones est assez dépassée. Notre objectif est de développer un système qui vous connaît réellement, qui comprend votre passé et peut anticiper ce que vous souhaitez faire. Aujourd’hui, l’usage d’un smartphone est essentiellement réactif, vous avez une intention puis vous devez ouvrir une ou plusieurs applications pour l’exécuter. Dans le futur, nous pensons à un système proactif, capable de suggérer des actions pertinentes au bon moment et de les exécuter pour vous après validation. Cette vision de Nothing OS repose sur une surcouche Android intégrant des fonctionnalités d’IA natives, avec l’ambition de proposer une expérience individualisée, conçue pour une personne et non pour des milliards d’utilisateurs identiques.
A quoi pourrait ressembler l’expérience utilisateur de ce nouvel OS ?
Notre objectif est de permettre aux utilisateurs de se concentrer sur ce qui compte vraiment pour eux et sur leur créativité plutôt que sur des tâches répétitives. Dans le futur, nous pourrions imaginer interagir avec un assistant intelligent qui vous connaît très bien et anticipe vos besoins. Par exemple, au lieu d’ouvrir une application pour commander un chauffeur, le système pourrait comprendre où vous devez vous rendre en consultant votre agenda et vous proposer directement de commander pour vous. Avec ces fonctionnalités d’IA propres à Nothing, l’ambition est de créer une expérience personnalisée et différente pour chaque utilisateur.
Vous anticipez donc la fin des applications ?
A court terme, les applications resteront indispensables. Aucun utilisateur n’achètera un smartphone sans l’écosystème d’applications auquel il est habitué, et c’est aussi pour cela qu’Android restera un partenaire essentiel. Cette transition ne pourra donc pas être brutale, mais progressive. Aussi, les premières versions ne seront jamais parfaites et il faudra avancer étape par étape. Aujourd’hui, certaines technologies comme les agents ou les MCP restent parfois encore limitées ou lentes, mais leur évolution va être extrêmement rapide dans les années qui viennent. A mes yeux, le principal défi n’est pas uniquement technologique, mais plutôt lié à l’adoption par les utilisateurs, qui restent très attachés à leurs usages actuels avec les applications.
Concrètement, quelles sont les premières briques posées par Nothing pour aller vers cet OS du futur ?
Nous avons commencé à avancer dans cette direction avec le lancement d'Essential Playground, qui inclut Essential Apps, disponible en version alpha depuis septembre 2025.Cette fonctionnalité permet aux utilisateurs de créer leurs propres applications en utilisant le langage naturel. L’idée est proche de la création d’applications sur le web, mais avec une différence majeure puisque, en étant intégrées directement au cœur du système, ces applications peuvent accéder à beaucoup plus de contexte et d’informations. Aujourd’hui, les développeurs tiers n’ont pas le même niveau d’accès que les éditeurs de systèmes d’exploitation, que ce soit aux données ou aux API. Notre ambition est de réduire cet écart et de donner aux utilisateurs les mêmes capacités que Nothing pour créer leurs propres outils.
Quel type d’application est-il possible de créer aujourd’hui ? Il semble pour le moment s’agir de widgets ou mini-apps assez simples.
Les capacités sont encore assez basiques, s’agissant d’une version Alpha. Nous avons déjà une liste d’attente de plusieurs dizaines de milliers de personnes pour tester Essential Apps. Il est sans doute un peu prématuré d'évoquer toutes les capacités. L’intérêt de ces applications réside dans leur intégration au système, qui leur permet de s’appuyer sur l’historique et le contexte d’usage de l’utilisateur, un peu comme un graphe de connaissances personnel. Aujourd’hui, les utilisateurs peuvent créer des outils personnalisés simples pour leurs besoins du quotidien. Essential Playground a également été pensé comme une plateforme communautaire où les utilisateurs peuvent partager, remixer et télécharger les créations des autres.
Nothing devrait lancer cette année ses premiers appareils pensés nativement pour l'IA. À quoi pourraient-ils ressembler, alors que certaines tentatives récentes, comme l’IA Pin, n’ont pas rencontré le succès commercial espéré malgré un buzz médiatique ?
Le principal défi est de trouver l’adéquation produit marché. Pour ces nouveaux appareils nativement pensés pour l’IA, il n’existe aujourd’hui aucune entreprise à suivre, puisqu’il s’agit d’une catégorie entièrement nouvelle. Certains acteurs pensent pouvoir anticiper les usages futurs, mais c’est extrêmement complexe. Presque tous les produits lancés par Steve Jobs ont rencontré leur public, de l’iPod à l’iPhone en passant par l’iPad, mais nous n’avons pas la prétention d’avoir ce niveau d’intuition. C’est pourquoi je pense qu’il est plus pertinent d’adopter une approche inspirée du développement logiciel, fondée sur l’expérimentation. Une entreprise comme Meta réalise ainsi des dizaines de milliers de tests pour savoir quelles fonctionnalités lancer. Tester rapidement, confronter les produits aux utilisateurs, recueillir des retours et itérer. C’est selon moi la seule manière crédible de trouver les bons usages pour les futurs devices de cette ère de l’IA.
Après avoir levé 200 millions de dollars en septembre 2025 lors d’une Serie C pour une valorisation de 1,3 milliard de dollars, comment voyez-vous Nothing évoluer au cours des années à venir ?
En 2024, nous avons enregistré une croissance de 150% et dépassé 1,5 milliard de dollars en ventes cumulées début 2025. Nous allons continuer à développer notre activité dans de nouveaux marchés tout en investissant dans les nouvelles formes d’hardware de demain ainsi que le développement de Nothing OS. Notre conviction est que les humains sont par nature créatifs. Malheureusement, les produits technologiques actuels ne l’exploitent pas. Les smartphones actuels nous rendent accros, et souvent moins intelligents à mesure que nous les utilisons. Nous voulons laisser les utilisateurs exprimer toute leur créativité.
Carl Pei est le cofondateur et CEO de Nothing, une entreprise de technologie fondée à Londres en 2020, dont l’ambition est de remettre le design, l’émotion et l’expérience humaine au cœur des produits tech, dont notamment ses gammes de smartphones et d’écouteurs audio. Auparavant, il avait cofondé OnePlus en 2013. Il a étudié à la Stockholm School of Economics avant de se lancer dans l'industrie des smartphones, en démarrant sa carrière chez Nokia.
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