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Jurassic IT : grâce à l'IA, les dinosaures de l'informatique sont redevenus cool

Ringardisées par l'essor du logiciel, les vieilles gloires de l'IT comme Dell, Cisco, Nokia ou Texas Instruments connaissent un retour en force à Wall Street. Leur savoir-faire dans les infrastructures informatiques est redevenu stratégique avec l'explosion d…

Jurassic IT : grâce à l'IA, les dinosaures de l'informatique sont redevenus cool

Ringardisées par l'essor du logiciel, les vieilles gloires de l'IT comme Dell, Cisco, Nokia ou Texas Instruments connaissent un retour en force à Wall Street. Leur savoir-faire dans les infrastructures informatiques est redevenu stratégique avec l'explosion de l'IA.

Après le vêtement, le cinéma et la musique, la rétromania gagne la bourse. Les titres les plus en vogue à Wall Street ne sont plus seulement ceux des Sept Magnifiques et des dernières start-ups d’IA entrées sur les marchés publics, mais des barbes grises de l’IT dont les noms évoquent davantage les années 1990 que le futur, comme Dell, Texas Instruments, Lenovo ou encore Nokia.

Un temps ringardisées face aux jeunes pousses du logiciel en plein essor, ces sociétés, spécialisées dans les infrastructures de l’IT, connaissent aujourd’hui un retour en force porté par l’IA, qui nécessite précisément la construction d’une large quantité d’infrastructures informatiques pour fonctionner.

Les fournisseurs d’infrastructure décrochent le jackpot

L’action de Dell, dont les ventes de serveurs sont dopées par la construction de centres de données d’IA, se vend désormais à un cours quatre fois plus élevé qu’en février. L’entreprise a en effet su se positionner comme un acteur incontournable sur l’assemblage des serveurs d’IA, qui nécessitent d’interconnecter des milliers de racks et de les faire fonctionner à l’échelle d’un cluster. Un domaine dans lequel Dell excelle grâce à quarante ans d’expérience dans la fabrication de serveurs, auxquels viennent s’ajouter, en 2024, un partenariat stratégique avec Nvidia autour de la vision des "AI factories" promue par Jensen Huang. Plutôt que de simplement vendre des composants, Dell s’est concentrée sur la fourniture d’infrastructures clef en main (les serveurs sont optimisés pour les GPUs Nvidia, avec du stockage haute performance et des systèmes réseau), pré-intégrées et déployables rapidement. C'est exactement ce que recherchent les hyperscalers qui veulent passer rapidement leurs infrastructures à l’échelle sans devoir monter chaque fois des équipes d'ingénierie spécialisées.

L’action de son homologue Cisco a quant à elle bondi de 50% depuis début avril, portée elle aussi par les commandes record des hyperscalers. Vieux briscard de l’IT américain, Cisco a connu plusieurs échecs technologiques, dont son rachat du système de visioconférence professionnel Webex, pionnier du domaine qui n’a jamais réussi à s’imposer et a été supplanté par Zoom et consorts. Mais l’expertise du groupe sur les réseaux de télécommunication lui a donné une carte à jouer qu’il a su exploiter autour de l’IA. Celle-ci exige en effet des réseaux internes aux centres de données infiniment plus rapides et plus denses : les clusters GPU cités plus haut s'échangent en permanence des volumes colossaux de données en temps réel, ce qui crée une demande massive en switching, routage et infrastructures réseau haute performance, terrain sur lequel Cisco a bâti son expertise, et qui lui permet désormais de bénéficier à plein des commandes venant des hyperscalers.

Citons encore le chinois Lenovo. Principalement connu pour ses ordinateurs personnels, le groupe propose également des serveurs dédiés à l’IA, des solutions de refroidissement liquide pour gérer la hausse thermique du matériel liée au calcul de haute performance, ainsi que des outils de stockage et de virtualisation. Il bénéficie par conséquent lui aussi du boom dans la construction des centres de données d’IA et connaît d’excellentes performances boursières.

Comment les anciens de la téléphonie sont revenus en force grâce à l’IA

Après des années bien ternes, l’action de Nokia est quant à elle l’une des plus performantes d’Europe : l’ancien géant de la téléphonie, ringardisé par l’ère du smartphone, commercialise en effet des équipements d’optique dont les centres de données d’IA sont particulièrement friands, les charges de travail liées à cette technologie exigeant des transferts de données toujours plus rapides et plus efficaces entre les clusters de calcul. Or, la fibre optique permet des transferts de données via des impulsions lumineuses, plus rapides que les signaux électriques naviguant sur des câbles en cuivre, auxquels ont recours les centres de données classiques.

Blackberry, un autre nom rattaché à la téléphonie des années 2000, a également vu le cours de son action tripler au cours des derniers mois, surfant notamment sur les performances de sa division logiciels embarqués, QNX. Si la marque BlackBerry a disparu du marché du smartphone, son logiciel reste aujourd’hui intégré dans plus de 275 millions de véhicules à travers le monde. QNX est notamment utilisé pour les fonctions critiques liées à la sécurité et à la fiabilité (systèmes avancés d'aide à la conduite), maintien dans la voie, alerte de collision et architectures de véhicules définis par logiciel).

Au-delà de l’automobile, QNX est également déployé dans des secteurs comme le médical, la robotique, l’industrie et l’IA, en tirant profit de son expertise acquise dans le logiciel automobile autour de la résilience, de la cybersécurité et du logiciel pour les systèmes critiques. "Nous nous développons actuellement sur des marchés adjacents qui présentent un profil similaire à celui de l'automobile. Dans l’IA, nous travaillons par exemple en étroite collaboration avec Nvidia pour garantir un haut degré de sécurité fonctionnelle. Nous ne sommes pas vraiment impliqués au niveau de la programmation IA proprement dite, mais nous veillons à ce que leurs frameworks d'IA fonctionnent correctement sur notre plateforme. Les clients peuvent ensuite utiliser CUDA ou tout autre outil qu'ils proposent, au niveau applicatif", détaille John Wall, président de QNX. 

Un bain de jouvence pour les anciens du semi-conducteur

Le boom de l’inférence offre également des opportunités à des spécialistes du semi-conducteur qui avaient raté la première vague de l’IA. C’est le cas de Texas Instruments, dont les calculatrices rappellent peut-être à certains des souvenirs de collège. Basée à Dallas, cette entreprise est surtout un spécialiste des puces informatiques, en particulier celles qui sont utilisées dans les équipements de télécommunication. Si elle a dans un premier temps totalement raté le virage de l’IA, l’entreprise vend de plus en plus de puces pour alimenter des serveurs qui réclament une densité de puissance toujours plus élevée. Sa division datacenter génère désormais plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires annuel, et a cru de plus de 60% l’an passé. Son action est à l’heure actuelle située autour de 300 dollars, contre 200 début mars.

Citons également Micron, spécialiste des puces mémoires, soumises à une très forte demande avec le boom de l’inférence. L’entreprise a franchi pour la première fois la barre des mille milliards de dollars de capitalisation boursière le 26 mai 2026, près de cinquante ans après sa création. Ou encore Intel, en grande difficulté il y a tout juste un an, et qui s’est relancé dans la course grâce notamment à une succession de partenariats stratégiques autour de l’IA.

Ces entreprises bénéficient d’un modèle d’affaires solide et d’importants flux de trésorerie

"Ces entreprises ont été transformées par l'ère de l'IA, et les activités solides qu'elles géraient tranquillement offrent désormais d'immenses opportunités de productivité et d'expansion. Elles savent construire du matériel, elles ont les compétences, les chaînes d'approvisionnement, et cela les place en position idéale pour tirer parti de l'expansion de l'IA", estime Michael McCarthy, stratège de marché chez Moomoo Australia, une plateforme de courtage, dans une émission qu’il anime sur Youtube.

Pour lui, "grâce à leurs activités établies et à leurs flux de trésorerie récurrents, ces entreprises sont idéalement positionnées, et tout particulièrement à l'aube de la prochaine phase d'expansion de l'IA, où de nombreuses entreprises devront lever des capitaux : celles qui disposent déjà de flux de trésorerie conséquents ont un avantage considérable. Or, dans la plupart des cas, ces vieilles valeurs tech affichent des bilans solides. Elles ont donc de la trésorerie. Elles bénéficient de surcroît à plein de l'effet "fournisseur IA full stack" : elles peuvent en effet s'étendre verticalement au sein de leurs secteurs, de manière progressive et sans mettre en péril leur cœur de métier."

Source originale : JDN — 05/06/2026 07:37

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