Alors que les smartphones prennent une place démesurée dans nos existences, de nouveaux moyens sont apparus pour échapper à l’obsession du défilement des infos, des messages et des vidéos. Passage en revue de quelques instruments pour reprendre le contrôle, d…
Cinq à six heures par jour en moyenne, c’est le temps qu’on passe sur nos smartphones en dehors du travail. C’est beaucoup, et, pour certains, c’est trop. En France, un tiers des personnes interrogées par l’Insee en 2023 disaient ressentir “au moins un effet néfaste des écrans”, dont le manque de sommeil ou encore, pour 9 % d’entre elles, des “sensations d’obsession”.
Le constat n’a rien de nouveau, mais la panoplie des outils pour tenter, individuellement, de reprendre le contrôle ne cesse de grandir.
La “Brick” antidistraction
Ce gadget aimanté a été créé en 2023 par deux jeunes accros : “Nos téléphones nous gênaient dans nos vies de tous les jours, au lieu de la faciliter”, expliquent Zach Nasgowitz et TJ Driver dans Dazed.
La Brick est un “objet physique qui m’empêche d’utiliser TikTok et Instagram et qui, en quelque sorte, met ma vie sur les réseaux sociaux en pause”, explique la chroniqueuse qui l’a testé. Ce petit magnet NFC (near-field communication, une norme de communication sans fil à courte portée et haute fréquence) s’accompagne d’une appli pour déterminer les “distractions” qu’on veut bloquer.
On approche son téléphone de la Brick, et l’appli est bloquée ou débloquée. “Mon idée était simple : bloquer mon téléphone pendant que je préparais le dîner puis le réactiver avant de repartir le lendemain. Et c’est exactement ce que j’ai fait.” Après une “étrange période de manque”, écrit-elle, ça a fini par fonctionner. Elle a même battu son propre record : vingt-cinq heures et dix minutes sans smartphone.
Le Dry January du smartphone
C’est le club le plus “hype” du moment aux États-Unis, selon Vox. “Depuis quelques mois, une mystérieuse entreprise appelée ‘Dumb & Co’ convainc les habitants de Washington d’abandonner leur smartphone pendant un mois.” Et de payer pour ça… Ce Dry January pour accros du mobile propose en contrepartie aux participants un bon vieux téléphone à clapet (le “dumbphone”) et l’accès “à un groupe de soutien pour discuter algorithmes et ‘doomscrolling’”. Le club a rejoint Internet (le site offre un guide pour s’abstenir du smartphone) et des émissions de radio au standard ouvert. En ce mois de janvier, c’est à Brooklyn qu’est organisé le “mois hors ligne”.
La Journée mondiale de la déconnexion
En 2025, la Journée mondiale de la déconnexion revendique “mille cent cinquante heures collectives de déconnexion” qui ont eu lieu lors de “181 rassemblements déconnectés sur six continents”. Les organisateurs trouvent sur le site “accompagnement pratique et soutien stratégique” pour imaginer des “rituels”… Cependant, souligne Vox, cette journée mondiale née en 2009, qui se tient chaque premier week-end de mars, compte parmi ses sponsors l’opérateur mobile Verizon.
La détox radicale
Cinq jours sans smartphone et même sans téléphone, c’est l’expérience menée par la journaliste Brodie Lancaster pour The Sydney Morning Herald. Elle explique que la nature “radicale” de l’expérience lui a “montré à quel point il est facile de se passer d’écran pendant une heure ou trois, un jour ou cinq”. La vie n’en est pas totalement transformée, témoigne-t-elle. Surtout, “cela prouve aussi qu’il n’y a pas grand-chose à perdre à laisser son esprit vagabonder dans un même espace physique et émotionnel”.
L’éloge de la lenteur
La “résistance numérique” peut être un projet collectif et politique pour “redonner toute sa valeur au temps libre et à l’expérience de l’autre”, explique El País. Selon le philosophe José Carlos Ruiz, “se déconnecter, ce n’est pas fuir ou s’isoler mais construire un autre monde possible. Cela nécessite une réappropriation consciente et collective de l’attention, un lieu où l’expérience des autres est centrale.” La relation que nous avons aux autres par l’intermédiaire des interfaces numériques “anesthésie nos sens” et nous fait “considérer la vitesse et la fragmentation comme des normes”, explique-t-il. Et le quotidien madrilène suggère qu’il ne s’agit “pas seulement d’éteindre son téléphone portable” pour se désintoxiquer, mais de “réapprendre la lenteur, la réflexion et l’attention profonde”.
Interdit aux adultes
Et si les adultes s’appliquaient à eux-mêmes les limites et interdictions qu’ils veulent imposer aux enfants et adolescents ? C’est ce que suggère le psychologue pour enfants Julian Schmitz dans une chronique pour Die Zeit. Car trop utiliser les réseaux sociaux “n’est pas seulement un problème pour les mineurs, ça l’est pour l’ensemble de la société”. Il suffit d’“observer les aires de jeux du monde entier : les enfants creusent dans les bacs à sable, se défoulent sur les structures d’escalade et jouent à cache-cache, pendant que la plupart des adultes regardent leur smartphone”. Au point qu’on enregistre plus d’accidents dans les aires de jeux… “Comment pouvons-nous attendre des enfants et des adolescents qu’ils fassent preuve d’une maîtrise de soi suffisante alors qu’ils grandissent dans un monde d’excès numériques de la part des adultes ?”
Source originale : Courrier International — 16/04/2026 13:16
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